Conseils aux conjoints

Il peut arriver que le conjoint s'inquiète du comportement du joueur de jeux vidéo. Dans ce genre de situation, une partie seulement des conseils promulgués aux parents peut s'appliquer. En effet, le joueur étant adulte, il n'appartient pas au conjoint de lui poser un cadre ! Au contraire, on observe qu'une attitude trop cadrante de la part du conjoint est souvent perçue comme infantilisante, et tend à aggraver le problème.

Vécu des conjoints

Le conjoint d'un joueur de jeux vidéo a certainement déjà fait l'expérience de lui poser une question et d'avoir l'impression qu'il ou elle n'écoutait pas. Un principe qui échappe à ceux qui ne sont pas initiés, mais qui mérite pourtant d'être connu dans ce genre de situation, est que le joueur, concentré sur son jeu, fonctionne en faisant une liste mentale des actions à effectuer dans sa partie. La question posée est alors ajoutée en bas de la liste et « l'information » est traitée par le joueur une fois sa liste accomplie. Il est alors fréquent que la réponse surgisse quelques instants après la question, donnant ainsi l'impression de ne pas avoir été écouté.

De manière générale, le conjoint d'un joueur peut rapidement se sentir exclu par ce dernier, éjecté de son monde puisqu'il n'en partage pas les clés. La notion de dialogue est alors des plus importantes. Si le conjoint s'inquiète de voir le joueur s'enfermer et s'isoler socialement, son appréhension est légitime. Toutefois, il est encore trop tôt pour parler de dépendance, il ne s'agit pas de dramatiser la situation mais d'en saisir les tenants et aboutissants.

Conséquences du jeu excessif sur le conjoint

Les conséquences du jeu excessif sur l'entourage varient selon les situations et selon la nature du lien qui unit le proche et le joueur. Les conséquences ne sont pas les mêmes selon qu'il s'agisse d'un conjoint, d'un enfant ou d'un parent. Il n'existe pas, à proprement parlé, de liste exhaustive des critères négatifs pouvant accompagner un comportement de jeu vidéo excessif, cependant, voici certains éléments qui sont fréquemment relevés:

Retrait social

Les interactions au sein d'un couple peuvent se voir diminuer ou rendues plus tendues car le sujet du jeu revient fréquemment dans les conversations. Le temps accordé à la vie de couple peut faire les frais du temps passé « in game ».

Effets sur la santé émotionnelle

Le conjoint est souvent le premier à prendre conscience du caractère problématique du comportement du joueur. Cela induit chez lui une préoccupation, un stress, et parfois de la colère attisée par un sentiment d'impuissance. Ces émotions peuvent envahir les autres sphères de sa vie (difficultés au travail, par exemple).

Effets sur la santé physique

En lien avec les difficultés émotionnelles, le conjoint peut développer des symptômes physiques, tels que des maux de tête, des troubles gastro-intestinaux, de la fatigue, etc. Il est cependant fréquent que le lien avec les difficultés vécues ne soit pas fait.

Réduction des responsabilités du joueur
Le joueur ayant des difficultés à assumer son rôle familial et les responsabilités qui vont avec, ces dernières se distribuent sur les autres membres de la famille qui peuvent alors s'épuiser à essayer de sauver la situation.

Effets sur les enfants

La présence d'un jeu excessif chez un des parents peut avoir des répercussions chez l'enfant, surtout si l'enfant est lui-même amateur de jeux vidéo. Dans des conditions adéquates, cela peut donner lieu à d'agréables moments de partage. Dans le cas inverse, le jeu et les conduites associées peuvent notamment donner lieu à un processus appelé parentification. L'enfant aura tendance à assumer de plus en plus de tâches et de responsabilités abandonnées par l'adulte joueur. Par exemple, il arrive que l'enfant s'occupe de certaines tâches administratives ou ménagères inadaptées à son âge. Dans certaines situations, il se peut que les besoins de base de l'enfant soient négligés. Il est alors important de recourir rapidement à l'aide de professionnels.

Attitudes à éviter :

Le déni
Le conjoint peut éprouver des difficultés à reconnaître le problème du joueur et son impact négatif et il peut réagir par de l'indifférence ou de la colère à l'évocation du sujet. Or le déni est une stratégie peu efficace à long terme, le risque étant que chacun reste avec ses illusions sans pouvoir faire face à la réalité.
Un exemple d'attitude de déni : faire la sourde oreille quand le joueur essaie de parler de leur situation de vie difficile.

La codépendance
La codépendance est un processus qui s'installe progressivement et qui se caractérise principalement par des tentatives de contrôle. Le conjoint a alors tendance à prendre en charge les responsabilités du joueur, à réparer ses erreurs et à résoudre ses problèmes à sa place. Il opère ainsi un véritable sauvetage afin de préserver le système conjugal et son fonctionnement.
Quelques exemples d'attitude de codépendance : payer les dettes du joueur, téléphoner à l'employeur pour dire qu'il ne viendra pas travailler, excuser ses mensonges auprès de ses amis.

Le blâme
Le conjoint a souvent tendance à blâmer le joueur mais aussi lui-même. Si à très court terme le blâme semble réduire l'anxiété, à terme, ce n'est pas une stratégie efficace. Un joueur confronté à des reproches et à de l'agressivité sera en effet plus enclin à adopter une position défensive, ce qui rendra la communication difficile.
Un exemple d'attitude de blâme : « pourquoi as-tu recommencé à jouer? »

« Retirer la prise »
Bien que ce soit souvent un acte considéré comme de dernier recours et qui interrompt indéniablement le processus de jeu, le fait de « retirer la prise » est souvent vécu par le joueur comme une intrusion, ou « l'étincelle qui met le feu aux poudres » ! Le dialogue sera alors très difficile à établir. Il est préférable de trouver un autre moyen de promouvoir ce dialogue.

Ce que les conjoints peuvent faire

Il arrive aussi fréquemment que les conjoints s'inquiètent du comportement du joueur. Dans ce genre de situation, les conseils promulgués aux parents peuvent également s'appliquer, de manière globale.

  • Nous retrouvons ainsi le même conseil de se renseigner sur les types de jeu et ce qui intéresse le joueur en  question
  • Bons nombres de jeux peuvent se jouer à deux, il est alors possible de proposer l'activité en couple puis de discuter de la partie ensemble
  • Faire part de ses inquiétudes à son conjoint se fera aussi plus aisément si le domaine est connu
  • Le dialogue est essentiel ici aussi. Il permettra notamment de définir des temps de jeux, à des moments propices et qui n'empièteront pas sur la vie de couple/familiale
  • Le dialogue permettra probablement aussi de mettre en évidence le dysfonctionnement dont le comportement de jeu excessif est symptôme.
  • Il est préférable de chercher à exprimer de manière non-agressive des demandes (par exemple de faire une activité de couple, de participer aux tâches ménagères)
  • Le joueur qui sent le poids des reproches ne verra que difficilement quelle solution constructive adopter. Il peut être plus concluant de laisser le joueur face à ses responsabilités et ne pas faire les choses à sa place pendant qu'il joue, par exemple.
  • Si le proche redoute que leur mise en œuvre puisse amener le joueur à se comporter de manière violente envers lui-même ou envers d'autres personnes, il importe avant tout de demander conseil auprès de professionnels.
bandeau bottom CJE - Centre du jeu excessif UNIGE - Université de Genève IMSP - Institut de Médecine Sociale et Préventive CHUV - Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

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