Traitements

« Existe-t-il des traitements spécifiques pour l’utilisation excessive des jeux vidéo ou d’Internet ? »


L’apparition de la problématique de l’utilisation excessive de jeu est récente. Le concept-même de cyberaddiction est controversé : s’agit-il vraiment d’une addiction, ou d’un ensemble de symptômes traduisant des difficultés cliniques très variées ? Les professionnels disposent de peu de données scientifiques et de peu de recul par rapport à ces questions. On comprend donc qu’il n’existe pas réellement de traitement spécifique pour ce type de troubles. Dans la pratique, les intervenants cliniques ont recours à des approches thérapeutiques variées, plus ou moins spécifiques selon qu’elles ciblent directement le comportement en question, les difficultés émotionnelles de la personne ou le système familial dans sa globalité. Certaines s’inspirent des traitements développés pour les addictions à des substances, ou pour les problèmes liés aux jeux d’argent. Les différentes approches sont fréquemment combinées, par exemple un suivi individuel peut être combiné à des entretiens de famille ou à une participation à un groupe. Il apparait essentiel pour tout travail thérapeutique que les thérapeutes soient familiers avec l’univers des jeux vidéo et d’Internet afin de mieux comprendre les motivations sous-jacente toute utilisation excessive.

La pratique clinique montre que pour une majorité de personnes, le fait de diminuer la fréquence de jeu permet de réduire de manière spontanée certaines conséquences négatives. A noter également qu’il est fréquent que le joueur se désinvestisse spontanément dans le contexte d'un changement de cadre de vie (par exemple le début de l’université, un nouvel emploi ou une nouvelle relation amoureuse).

Voici une description des approches thérapeutiques les plus couramment utilisées dans les problématiques de jeux vidéo ou d'Internet :

Approche cognitivo-comportementale

Il s’agit d’une approche qui obtient de bon résultats dans le traitement des problèmes liés au jeu de hasard et d’argent [voir FAQ sur les traitements dans la section jeux d'argent]. Elle part du principe que les pensées, les émotions et les comportements sont liés et s’influencent mutuellement. Certaines pensées (« je suis nul », « seulement sur Internet je suis quelqu’un de bien ») tendraient à contribuer et à renforcer une utilisation compulsive d’Internet. Ainsi, la pratique des jeux vidéo et d’Internet est considérée comme un mécanisme d’évasion passagère et contribuerait à l’évitement de problèmes réels ou perçus comme dangereux ou problématiques. Selon l’auteur, une utilisation modérée et contrôlées d’Internet est plus appropriée qu’une abstinence dans le traitement de l’utilisation excessive d’Internet. D’une part, le travail thérapeutique porterait sur les pensées négatives de l’utilisateur, d’autre part sur le comportement excessif. Les traitements s’inspirant de l’approche cognitivo-comportementale peuvent se faire aussi bien de manière individuelle que sous forme de groupe.

Références: Young, 2007; Griffiths et Meredith, 2009

Approche psycho-dynamique

L’approche psycho-dynamique s’intéresse tout particulièrement au lien existant entre le processus d’adolescence, le processus de séparation et d’émancipation de « l’image parentale » (symbole de l’autorité et des règles) et la pratique excessive des jeux vidéo et d'Internet. Elle considère que le jeune adolescent recherche à travers les jeux vidéo (définis comme un « objet du besoin ») un « sentiment d’exister ».

C’est donc un besoin de « complétude » ou de combler un manque créé pendant l’enfance que le jeune recherche dans la répétition de la pratique ludique. Le jeune cherchait également à pouvoir exprimer symboliquement l’agressivité lui permettant de se séparer de certains « objets parentaux ». Ainsi, le contexte des jeux vidéo est considéré comme protecteur dans la mesure ou à travers lui, l'utilisateur peut neutraliser ses mouvements agressifs puisque ses actes n'ont pas de conséquences irréversibles. L’adolescence est un processus de « grandissement » qui implique un détachement. Selon cette approche, la personne présentant un comportement excessif n’aurait pas réussi à porter à terme ce processus de détachement. Ainsi, le travail psychothérapeutique ou analytique portera principalement sur l’accompagnement de la personne dans un « travail de deuil » (ou de « se déprimer ») qui lui permettrait de se séparer de certains liens et objets encore attachés à l’enfance. A travers ce travail de deuil, la personne deviendrait capable d’accepter l’interdépendance de ses relations à autrui, plutôt que d'être dépendant à un objet seul.

Référence: Disarbois, 2009

Groupes de soutien

Dans le traitement des addictions comportementales et des addictions aux substances, les groupes de soutiens sont souvent utilisés en complément au travail thérapeutique individuel. Les groupes suivant le modèle en 12 étapes de type AA (Alcooliques Anonymes) restent peu développé en Europe, mais sont très répandus dans les pays anglo-saxons. D'autre part, on assiste au développement de groupes de soutien online, phénomène qui peut paraître paradoxal puisque la problématique traitée concerne justement des activités sur Internet.

Entretien motivationnel

Cette approche trans-théorique a été développée par Miller et Rollnick (1991) et est déjà utilisée avec succès dans le domaine des addictions avec substances  et des problématiques de jeux d'argent. Son but est d’augmenter la motivation de la personne au changement . Au centre de cette approche se trouvent l’exploration et la résolution de l'état « d’ambivalence », c’est-à-dire un état dans lequel la personne n’arrive pas à prendre une décision et se retrouve dans un conflit entre elle-même et le changement (« j’ai envie de diminuer ma pratique de jeu, et en même temps je n'ai pas envie de perdre mes amis de la guilde »). Elle utilise des méthodes et techniques spécifiques, avec une grande importance accordée à la relation entre le thérapeute et le patient.

Approches systémiques

Une utilisation excessive des jeux vidéo et d’Internet touche également les membres de la famille de l’internaute. Selon cette approche, la famille est considérée comme un « système », c’est-à-dire un ensemble d’éléments en interaction dynamique qui est organisé et toujours en évolution. Ainsi, l’expression d’une pratique excessive (de manière technique, cette approche parle de « patient désigné ») pourrait se traduire comme un dysfonctionnement relationnel et/ou émotionnel du système-famille. Le travail thérapeutique se développe avant tout sur un but commun et cohérent à tous les membres afin de « traduire » le comportement problématique de manière relationnelle et émotionnelle. Il est souvent complété par une sensibilisation des familles au processus excessif lui-même (psycho-éducation), car souvent l'entourage a des difficultés à comprendre l’incapacité à contrôler l’impulsivité de la part du joueur.

Les traitements pharmacologiques :

Toutes conduites addictives peuvent être parfois l’expression d’autres troubles psychiatriques sous-jacents, telles qu’un épisode dépressif ou un trouble anxieux. Il s’agit pour l’intervenant de les investiguer et de proposer, le cas échéant, une médication adaptée, en parallèle à l’accompagnement de la personne en souffrance.

Les centres spécialisés :

Actuellement, la presse générale mentionne occasionnellement  l’existence de centres spécialisés dans la problématique des jeux vidéo ou d’Internet aux Etats-Unis et en Asie et dans quelques pays en Europe. Le site Stop-jeu propose un forum de discussion et des blogs où les joueurs et les proches peuvent partager leur vécu par rapport à la pratique de jeu vidéo ou utilisation d’Internet. Cette partie sera administrée par des professionnels.

bandeau bottom CJE - Centre du jeu excessif UNIGE - Université de Genève IMSP - Institut de Médecine Sociale et Préventive CHUV - Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

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