Presse scientifique

La revue de presse donne un compte-rendu mois par mois des articles qui ont traité de la thématique des jeux d’argent, des jeux vidéo ou d’autres « conduites addictives sans substances ». Elle est partagée en deux : la revue de la presse généraliste passe en revue les principaux journaux suisse-romands et quelques quotidiens français, et la revue de la presse scientifique cible les revues scientifiques internationales.

La revue de presse scientifique cible les revues scientifiques suivantes :

  • Revues francophones : Alcoologie et Addictologie, Dépendances, Psychotropes
  • Revues anglophones : Acta Psychiatra Scandinavica, Addiction, Addiction Research and Theory, Addictive Behaviors, Addictive disorders and their treatment, American Journal of Psychiatry, American Journal of Public Health, American Journal on Addictions, Archive of General Psychiatry, Canadian Journal of Psychiatry, European Addiction Research, International Journal of Mental Health and Addiction, International Gambling Studies, Journal of Addiction Medicine, Journal of Clinical Psychiatry, Journal of Contemporary Psychotherapy, Journal of Gambling Issues, Journal of Gambling Studies, Psychiatric Services, Psychology of Addictive Behavior

Occasionnellement d’autres sources peuvent être mentionnées, sans faire l’objet d’un suivi systématique.

PRESSE SCIENTIFIQUE – MARS 2013

Utilisation problématique des jeux sur ordinateur chez les adolescents, les jeunes adultes et les adultes de plus de 40 ans

Les recherches antérieures menées sur l’addiction aux jeux sur ordinateur ont souvent été critiquées pour des raisons théoriques et empiriques, principalement liées à des problèmes de mesures ou d'échantillonnage. L’étude de Festl, Scharkow, et Quandt (2013) vise à pallier à ces deux limitations. Les auteurs présentent ici les données d'une étude représentative effectuée en Allemagne. Cette étude à grande échelle compte au total 4’382 participants, dont 580 adolescents (14-18 ans), 1’866 jeunes adultes (19-39 ans) et 1’936 adultes âgés de 40 ans et plus. Le jeu problématique a été mesuré à l’aide de la Game Addiction Short Scale (GAS) qui se base sur différents aspects de la personnalité ainsi que sur le comportement de jeu. Il en ressort que seuls sept participants (soit 0,2%) répondaient à tous les critères de jeu pathologique, alors que 3,7% des personnes interrogées y répondaient au moins pour moitié et sont donc considérées comme des usagers problématiques. Le pourcentage de joueurs problématiques chez les adolescents est quant à lui supérieur à la moyenne (7,6%). Des scores élevés du GAS sont corrélés à la sévérité du problème de jeu, à une faible sociabilité ainsi qu’à un bas niveau de satisfaction de la vie des joueurs. En outre, ces scores correspondent à une pratique intensive et une préférence pour certains types de jeux, tous groupes d'âge confondus. En conclusion, d’après l’échelle du GAS, la dépendance au jeu n'est actuellement pas un phénomène répandu chez les adolescents et les adultes en Allemagne. Il apparaît également que les scores au GAS sont associés à la fréquence de l’activité de jeu, ainsi que à certains aspects problématiques de la personnalité et la vie sociale des individus.

L’âge est déterminant pour la prise en charge du jeu pathologique

En Espagne, Granero et al. (2013) ont étudié les effets de l’âge sur les caractéristiques cliniques de 2’309 patients espagnols présentant un problème de jeu pathologique. Les participants ont complété une série de questionnaires visant à évaluer leur comportement de jeu. Les traits de personnalité, la présence d’un trouble physique ou psychique, ainsi que l’existence d’idées ou de comportements suicidaires ont également été évalués. Les résultats montrent que les patients les plus jeunes qui jouent depuis moins longtemps rapportent moins de problèmes de santé liés au jeu et ont moins de dettes que les patients d’âge moyen ou que les patients plus âgés. Plus le patient est âgé, plus les problèmes liés au jeu augmentent. Cette étude montre en outre qu’une intervention précoce dès les premières manifestations de jeu pathologique se révèle essentielle pour le succès d’un traitement.

Influence du stress lié à l’acculturation et du milieu culturel des migrants sur le jeu pathologique

L'objectif de l’étude de Jacoby et al. (2013) vise à différencier les facteurs spécifiques liés à la migration et permettant d’expliquer une plus grande vulnérabilité face au jeu pathologique chez les migrants en Allemagne. Cent six joueurs (61 migrants, 45 Allemands) présentant des degrés variables de sévérité aux problèmes de jeu ont participé à l'étude. Les auteurs ont analysé (1) les différences de patterns de jeu entre les migrants et les Allemands, la gravité des problèmes de jeu, la motivation et l’envie de continuer à jouer ; l'influence (2) du stress lié à l’acculturation, (3) l'acceptation des problèmes de jeu et la popularité des jeux de hasard dans la culture d'origine; (4) les différences entre les migrants et les Allemands concernant les pratiques de jeu dans la famille et le jeu entre pairs ; et (5) les différences de religiosité et son influence sur les problèmes de jeu compulsif. Les résultats ne suggèrent pas de différences entre les migrants et les Allemands concernant les patterns de jeu et la gravité des problèmes de jeu compulsif. Toutefois, les résultats indiquent que les migrants ont une plus grande motivation et envie de jouer. Les analyses montrent en outre que le stress lié à l’acculturation est associé à des problèmes de jeu plus graves. En revanche, l'acceptation et la popularité du jeu dans le pays d'origine n'était pas un facteur prédictif de problèmes de jeu compulsif. Dans le même temps, les pratiques de jeu dans la famille et le jeu entre pairs sont significativement plus fréquents chez les migrants, ce qui constitue un facteur de risque supplémentaire dans le présent échantillon. D'autre part, les migrants bénéficient plus souvent de l’influence protectrice de la religiosité.

Aperçu et justification des changements proposés pour le jeu pathologique dans le DSM-5

La cinquième révision du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) est prévue pour publication en mai 2013. Il comprendra plusieurs changements concernant le diagnostic de jeu pathologique : le nom de la maladie sera modifié, le seuil pour le diagnostic va diminuer, et l'un des critères sera supprimé. L’article de Petry et al. (2013) passe en revue les raisons de ces changements et indique de quelle manière ceux-ci peuvent influencer le diagnostic et le traitement de cette maladie, ainsi que les perspectives pour de futures recherches dans le domaine.

Relation entre la participation à des activités de jeu en ligne et le jeu compulsif

La participation au jeu en ligne se développe rapidement ; en revanche, il existe relativement peu de recherches sur les effets potentiels de ces différentes activités sur le comportement de jeu problématique. L'objectif de l’étude exploratoire de McCormack, Shorter et Griffiths (2013) est d’examiner la relation entre la participation à des activités de jeu en ligne et le jeu compulsif, ceci pour un échantillon international. Ainsi,un sondage sur le jeu en ligne a été diffusé sur 32 sites de jeux internationaux. Sur une période de quatre mois, 1’119 personnes y ont répondu. Le poker s’est avéré être le jeu en ligne le plus populaire. Un certain nombre d'activités en ligne ont été associées au jeu compulsif : la roulette, le poker, les paris hippiques et sportifs, ainsi que les machines-à-sous. Sans surprise, les personnes ayant une activité régulière de jeu en ligne (sauf le poker) sont plus susceptibles d'être des joueurs problématiques. Cependant, il est intéressant de voir que les personnes qui jouent régulièrement au poker en ligne sont moins susceptibles d'être des joueurs problématiques que celles dont l’activité de jeu est irrégulière. La majorité de ces joueurs s’avèrait également jouer « hors line » ; cependant, aucune relation entre le jeu compulsif et le comportement de jeu « hors line » n’a pu être observée. Le jeu problématique serait donc davantage associé à certaines activités de jeu en ligne plutôt qu’à d’autres, et les personnes jouant à deux ou plusieurs jeux en ligne semblent être plus susceptibles d'être des joueurs compulsifs. Cette étude permet de mettre en lumière l'impact des différentes activités de jeu en ligne sur le comportement de jeu en général. Il faut donc accorder une attention particulière à l’activité de jeu lors de l'élaboration et de la mise en œuvre des programmes de traitement.

Etude pilote concernant les facteurs prédictifs de la rechute chez les joueurs pathologiques

Le jeu pathologique est un trouble psychiatrique fréquent présentant de nombreuses similitudes avec les comportements d’abus de substance. La rechute est un élément important des addictions. Pourtant, celle-ci n’a été que rarement étudiée dans le cas de l’addiction aux jeux de hasard. Ainsi, sur la base des études antérieures portant sur le rôle de l'auto-évaluation et les mesures neurocognitives de la rechute chez les patients toxicodépendants, Wilde, Goudriaan, Sabbe, Hulstijn et Dom (2013) ont mené une étude pilote. Vingt-deux joueurs pathologiques et 31 personnes pour le groupe contrôle ont participé à cette recherche. Ils ont rempli des questionnaires mesurant, par auto-évaluation, l’impulsivité (Barratt Impulsiveness Scale, Sensitivity to Punishment and Sensitivity to Reward Questionnaires). Ils ont également effectué des tâches neurocognitives mesurant l'impulsivité, la prise de décision et le biais attentionnel (Iowa Gambling Task, Delay Discounting Task, Stroop Gambling Task). Douze mois plus tard, l'activité de jeu était évaluée à nouveau. Les analyses ont montré que les scores des joueurs pathologiques qui ont rechuté (n = 13) à l’auto-évaluation et aux tâches neurocognitives concernant l'impulsivité ne diffèrent pas qui n'ont pas rechuté (n = 9). Toutefois, l’âge d'apparition du trouble diffère en fonction du groupe : les joueurs pathologiques qui n’ont pas rechuté ont commencé à jouer plus tard que ceux qui ont rechuté. Enfin, les sujets contrôles et les joueurs pathologiques ont obtenu des scores différents pour certaines mesures (Barratt Impulsiveness Scale, Stroop Gambling Task), mais pas pour toutes les mesures de l'impulsivité (Delay Discounting Task, Iowa Gambling Task, Sensitivity to Punishment and Sensitivity to Reward Questionnaires). En conclusion, la rechute chez les joueurs pathologiques ne peut pas être prédite par l'auto-évaluation et/ou par des mesures neurocognitives de l'impulsivité et la prise de décision. Les similitudes entre les performances des joueurs pathologiques et les sujets du groupe contrôle illustrent la santé mentale relative des joueurs pathologiques étudiés. Cette dernière constatation se base sur l'idée que les sous-types de joueurs pathologiques existent et que différentes stratégies de traitement sont nécessaires.

REFERENCES

Festl, R., Scharkow, M., & Quandt, T. (2013). Problematic computer game use among adolescents, younger and older adults. Addiction, 108(3), 592-599. doi: 10.1111/add.12016

Granero, R., et al. (2013). Is Pathological Gambling Moderated by Age? Journal of Gambling Studies, 1-18. doi: 10.1007/s10899-013-9369-6

Jacoby, N., von Lersner, U., Schubert, H. J., Loeffler, G., Heinz, A., & Mörsen, C. P. (2013). The role of acculturative stress and cultural backgrounds in migrants with pathological gambling. International Gambling Studies, 13(2), 240-254. doi: 10.1080/14459795.2013.777971

Petry, N.M. et al. (2013). An Overview of and Rationale for Changes Proposed for Pathological Gambling in DSM-5. Journal of gambling studies / co-sponsored by the National Council on Problem Gambling and Institute for the Study of Gambling and Commercial Gaming.

McCormack, A., Shorter, G.W., & Griffiths, M.D. (2013). An examination of participation in online gambling activities and the relationship with problem gambling. Journal of Behavioral Addictions, 2(1), 31–41. doi: 10.1556/jba.2.2013.1.5

Wilde, B., Goudriaan, A., Sabbe, B., Hulstijn, W., & Dom, G. (2013). Relapse in pathological gamblers: A pilot study on the predictive value of different impulsivity measures. Journal of Behavioral Addictions, 2(1), 23-30. doi: 10.1556/jba.2.2013.1.4

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